Altbier

L’Ale allemande issue d’une autre époque

La bière du mois: Simple Malt Altbier

Signifiant « vieux » en allemand, ce style traditionnel qui puise ses origines dans la région de Düsseldorf en Allemagne est peu représenté à l’extérieur de son berceau natal. Équilibrée et bien atténuée, la Altbier est de couleur ambrée claire aux reflets rubis, à la fois amère et maltée, et généralement assez douce puisque fermentée à des températures plus fraîches et conditionnée à froid comme une Lager. Il s’agit de l’une des rares bières de fermentation haute allemande et témoigne, comme son nom l’indique, des traditions de brassage d’une autre époque.

Jusqu’à la fin du Moyen Âge, la majorité des bières brassées en Allemagne étaient des Ales, particulièrement en été, où les levures de fermentation haute étaient tout indiquées en raison de la température. Depuis, l’amélioration des technologies et des techniques de brassage a permis l’arrivée de « nouvelles » bières, celles-ci de fermentation basse, qui ont rapidement gagné en popularité auprès des brasseurs allemands et de la population.

Les seules « vieilles » bières allemandes à survivre cette période de tumulte sont les bières de blé, Weissbiers, brassées presque exclusivement en Bavières, et les Ales de couleur ambrée, dès lors baptisées Altbiers, et produites principalement dans les régions aux abords du Rhin. De ces Altbiers émergera éventuellement en Cologne, au fil des années et de quelques transformations, une version pâle aujourd’hui connue sous le nom de Kölsch.

Au milieu du 16e siècle, la Bavière interdit le brassage de bière en été, ce qui porte un dur coup aux bières de fermentation haute toujours produites à l’époque. En réaction à cela, et afin de protéger les bières à l’ancienne, Cologne rend pour sa part illégale la production de bières de fermentation basse en 1603. C’est Napoléon lui-même qui met fin à cette interdiction à la fin du 18e siècle en instaurant sa politique de libre-échange.

Si les brasseurs de Cologne optent pour des malts pâles, ceux de Düsseldorf se plaisent à utiliser les malts ambrés, notamment le malt Munich, et perfectionnent leur bière en attachant beaucoup d’importance à sa couleur foncée et ses reflets cuivrés. On doit l’interprétation actuelle de la Altbier à quatre principaux établissements de Düsseldorf, soit Schumacher, le plus vieux des quatre, ainsi que Zum Uerige, Im Füchschen et Zum Schlüssel; tous les trois situés à moins de 100 mètres les uns des autres dans le quartier Altstadt de la ville.

La Sticke ou Sticke Alt également originaire de Düsseldorf est une variété saisonnière plus sombre et plus forte de la Altbier justement créée par la brasserie Uerige qui la brasse deux fois l’an afin de la servir vers la fin janvier et la fin octobre. Sticke signifierait d’ailleurs « secret » témoignant ainsi de la rareté du produit. La brasserie Schumacher propose aussi une version saisonnière plus intense de la Altbier, soit la Latzenbier qui sort plutôt à la fin septembre et fin novembre.

Si la Alt n’est pas des plus populaires dans son pays d’origine encore aujourd’hui, à Düsseldorf même, elle demeure la plus vendue, principalement servie d’un cask en bois à même son lieu de production.

Le profil actuel

À la robe ambrée, habituellement claire aux reflets bien cuivrés, elle se coiffe d’une mousse blanc cassé, idéalement épaisse, onctueuse et tenace. Au nez, les arômes de malt sont présents, à la fois robustes et complexes, ainsi que des notes de houblons épicés avec quelques subtils esters fruités. On mise généralement sur des variétés de malts allemands conférant des notes de pain cuit, grillé, et de noisette. Les houblons nobles apportent quant à eux des arômes poivrés, épicés, floraux, ou herbeux.

En bouche, elle est douce et moyennement effervescente, particulièrement en bouteille. L’équilibre entre l’amertume des houblons et le caractère du malt demeure bien balancé. De généreuses saveurs de grains ou une amertume plus intense prennent parfois le dessus l’un sur l’autre, mais les deux parties se doivent de collaborer. La finale est généralement sèche et parsemée de note de malt évoquant souvent la noisette. De même, la perception de l’amertume dépend de l’apport des saveurs maltées.

Facile à boire, elle possède des caractéristiques propres à la Lager en raison de sa fermentation à température fraîche et de son conditionnement à froid. Les malts privilégiés dans sa fabrication sont évidemment allemands, de même que les houblons, si l’on souhaite obtenir une version plus authentique. De petites quantités de malts plus foncés sont parfois utilisées pour atteindre la couleur souhaitée, de même que du blé à l’occasion, ce qui était d’ailleurs plus commun à l’origine.

Notre dégustation à l’aveugle

Fort agréable, cette dégustation a permis de mettre en lumière des interprétations différentes, parfois authentiques parfois librement inspirées de ces vieilles brunes allemandes.

La version de Vrooden s’avère douce et agréable, notamment en bouche avec des notes sucrées évoquant le sucre d’orge ainsi que quelques pointes d’esters épicés de levure qui nous mènent à une finale sèche et amère.

Celle d’Archibald est également douce et sucrée, parsemée de notes légèrement fruitées. Au nez comme en bouche, des notes de céréales et de foin la distinguent.

Dès la première gorgée, la Rescousse plait avec ses parfums de noix, de toast et de céréales rôties. À la fois douce et sèche, elle correspond remarquablement aux attentes de notre panel à titre de Altbier.

La Sticke Alt est sans surprise plus intense avec des notes sucrées et des pointes d’alcool évoquant le whisky et la tourbe. Onctueuse à souhait; ses arômes de céréales grillées sont subitement balayés par une amertume prenante qui la caractérise.

Également plus costaude, la Simple Malt propose des effluves de prune séchée, de datte et de sucre d’orge. Bien maltée, elle est onctueuse et sa caresse de caramel demeure jusqu’en finale où une belle amertume s’installe sans toutefois déroger la présence dominante du malt. C’est elle qui a davantage charmé notre panel.

La bière du mois: Simple Malt Altbier

Présentation

Altbier amplifiée, à 6,6 % d’alcool, brassée par Brasseurs Illimités à Saint-Eustache. La version embryonnaire de cette Alt d’inspiration libre est apparue en 2008 sous l’étiquette Bièropholie.

Description

Bière foncée aux reflets rougeâtres, elle est chapeautée d’une belle mousse moka. Arômes sucrés de prune séchée, de datte et de sucre d’orge se font des plus invitants au nez. En bouche, l’onctuosité soutient à merveille son corps intensément malté et judicieusement sucré, aidée de quelques caresses de caramel. De légères pointes d’alcool se font sentir, mais sa finale apporte une belle amertume qui atténue le tout et prolonge le plaisir.

Suggestion

Elle accompagne à merveille des noix de Grenoble rôties dans le miel, des oignons caramélisés ou même un gâteau renversé aux pommes.