Bastien Têtu

Plus heureux que jamais à manier le fourquet

Sur la photo, de gauche à droite, une partie de l’équipe de brassage : Bastien Têtu, Guillaume Boulanger, Pierre-Yohan Soucy, Eric Morin et Paul-Mathieu Nicolaï.
Sur la photo, de gauche à droite, une partie de l’équipe de brassage : Bastien Têtu, Guillaume Boulanger, Pierre-Yohan Soucy, Eric Morin et Paul-Mathieu Nicolaï.

Bastien Têtu a bien vécu l’évolution de la bière de microbrasserie au Québec. Il a commencé à s’intéresser à la bière artisanale québécoise au début des années 90 alors qu’elle était à ses premiers balbutiements et à joint les rangs de la brasserie la plus influente de la région de Québec environ un an seulement après son ouverture. Il en est désormais le doyen.

Originaire de Montmagny, Bastien est d’abord venu à Québec en 1989 afin d’étudier au Cégep. Il aime la ville et décide finalement d’y demeurer. Lors d’un voyage dans l’Ouest, il découvre Okanagan Spring, une petite microbrasserie de la Colombie-Britannique, et tombe en amour avec le concept; il souhaite même importer la bière au Québec…

Quelques années plus tard, alors qu’il brasse maison et s’intéresse à la bière, Todd Picard et Mario Alain, deux des trois fondateurs de La Barberie lui offre du travail dans leur toute récente coopérative de travail. Il débute officiellement le 4 mai 1998. Il devient éventuellement aide-brasseur pendant quelques mois, puis brasseur après un passage à l’incontournable Laboratoire Maska afin de parfaire sa formation.

La première bière que vous avez brassée?

Un Stout classique, c’est la première bière que j’ai faite seul et les bases sont encore existantes aujourd’hui dans quelques-uns de nos Stout. J’avais utilisé du malt Munich pour ajouter une profondeur et un peu plus de corps. J’avais bien réussi, je crois, j’étais très content et j’avais reçu des tapes dans le dos, donc c’était bien, je crois [rires].

La bière dont vous êtes le plus fier?

C’est toujours la dernière qu’on fait… La Motus, notre Farmhouse américaine qui est très bien sortie. Ç’a été un gros succès au salon de dégustation. C’est une bière qui offre des arômes frais de pain, de levain et de houblons. C’est complexe et bien rendu; je suis très heureux du résultat final. Il y a la Pale Ale Nelson Sauvin aussi, c’est la première fois que je me lâchais lousse pour me gâter, vraiment à mon goût. La réaction a aussi été très bonne, même en tablette. Ç’a été notre premier brassin limité, et elle marquait un changement dans la lignée la brasserie, c’est plus significatif.

Votre style de bière préféré? [À brasser et à boire]

À boire, je dirais les Gueuzes que j’aimerais bien brasser un jour d’ailleurs. J’en fais chez nous, mais je ne peux pas les rentrer dans la brasserie… Il y a un côté complexe acide et une odeur typique que j’adore. C’est tout de même dur de choisir un style, ça dépend tellement du moment et de la saison.

J’aime brasser les IPA et les Stouts. Les IPA offrent des arômes de houblon incomparables; ça sent le ciel et les vacances! Pour le Stout, c’est l’odeur du mash le matin qui sent le café espresso.

Votre ingrédient préféré?

J’aime les fruits pour les bières sures; les houblons pour les IPA… Tous les ingrédients ont leur place et leur utilité, je ne peux pas en choisir un en particulier. En fait, ça dépend beaucoup de la recette et des sortes d’ingrédients que j’utilise pour la brasser.

Une brasserie québécoise que vous appréciez particulièrement?

J’aime beaucoup MicroBrasserie Charlevoix pour ses bières et la façon dont elle traite le produit, c’est-à-dire avec professionnalisme et respect dans toutes leurs façons de faire. C’est très droit leur affaire! J’aime Pit Caribou pour sa créativité et Auval aussi qui a choisi d’y aller localement et à son rythme. Et le Naufrageur aussi… Il y a d’ailleurs un buzz intéressant en Gaspésie; il se passe quelque chose là-bas.

Une bière québécoise que vous auriez aimé brasser?

La Solstice d’été de Dieu du Ciel! C’est vraiment hot et bon! J’aime son acidité mordante et démesurée, particulièrement l’été où je ne me tanne jamais d’en boire.

Ce que vous aimez de la bière au Québec!

La confrérie, la fraternité qui y règne. L’IBU est un bel exemple de cela ainsi que pour faire découvrir la bière au plus grand nombre. Il y a une belle ambiance dans le milieu; on est des compétiteurs, mais tous dans le même bateau à la fois. Les gens sont ouverts, passionnés et veulent faire avancer l’industrie. On retrouve de tous les styles ici et les gens qui viennent de l’étranger sont contents de voir ça. On n’est pas pris dans un carcan de style et on n’hésite pas à utiliser des ingrédients expérimentaux.

Ce que vous aimez moins de la bière au Québec…

Les lois. Il va falloir qu’il y ait une refonte de tout ça. Il y a également les grosses brasseries qui commencent à brasser des bières comme les nôtres, mais pour moi, c’est presque flatteur… Il y a aussi le snobisme de certains consommateurs, je trouve ça dommage. Pour moi, boire de la bière doit être un plaisir et un moment privilégié pour avoir du fun. Certains devraient également être plus curieux.

Qu’est-ce que nous réserve votre brasserie?

On a beaucoup travaillé sur le contrôle de nos produits, de la production jusqu’en tablettes. On va surveiller davantage les détaillants et faire plus de suivi pour assurer la fraîcheur des produits. Côté bières, je pense que les sures sont là pour rester au Québec, nous en brasserons ainsi davantage, de même que les IPA et les Lager qu’on retrouvera plus fréquemment au salon. On continuera également de faire des collabos, beaucoup avec les brasseries du quartier, il y a une belle entraide ici. Finalement, les bières de saison plus froide commenceront à faire leur arrivée prochainement.