Yannick Brosseau

Artisan derrière les étiquettes

Yannick Brosseau devant une œuvre issue de son portfolio de projets personnels.
Photo Valerie R. Carbonneau

L’artiste-illustrateur montréalais Yannick Brosseau faisait partie de la garde rapprochée de Dieu du Ciel! (DDC) avant même que la brasserie voie le jour. Ami de longue date de Jean-François Gravel, l’un des trois copropriétaires de la brasserie, Yannick passait ses vendredis soirs en sa compagnie dans sa cuisine alors qu’il brassait à la maison. C’est le 100e brassin du brasseur-maison qui a lancé sa carrière d’illustrateur pour la brasserie artisanale que l’on connaît aujourd’hui.

« À l’époque, J-F brassait une bière par semaine et on se réunissait une petite bande pour y goûter. Au 100e brassin, il a brassé une bière au chanvre qu’on a finalement nommée La Fumisterie »

Explique Yannick pour situer les débuts de l’aventure. Alors sur les bancs d’école en design graphique à l’UQAM, le jeune artiste a profité d’un projet au syllabus d’un cours en illustration pour créer ce qui allait devenir l’étiquette de La Fumisterie, une illustration réalisée trois ans avant que DDC ouvre officiellement ses portes. Vingt ans plus tard, il comptabilise dans son portfolio une soixantaine  d’illustrations pour DDC.

Pour souligner ces vingt années de collaboration riche en créativité, les œuvres de Yannick Brosseau seront exposées du 10 février au 2 avril au studio B de la Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce (3755, rue Botrel), à Montréal. « C’est donc presque deux fois la superficie de la salle initiale », exprime avec joie l’artiste-illustrateur qui devait à l’origine exhiber ses œuvres cet automne dans une salle plus exiguë du même établissement. L’exposition mettra en lumière une rétrospective des créations qu’il a réalisées pour Dieu du Ciel! (DDC), d’hier à aujourd’hui.

Une démarche artistique hybride et toujours évolutive

L’idéologie autour de la marque Dieu du Ciel! a toujours tourné autour d’un espèce de panthéon avec ses divinités inventées, explique dans ses mots l’illustrateur qui enseigne en illustration et en graphisme au Cégep Marie-Victorin. Or, toujours dans cet esprit, Yannick s’inspire beaucoup du nom attribué à chaque bière et aux ingrédients qui la composent pour développer une illustration propre à chaque produit, explique-t-il en faisant référence à l’illustration qu’il avait proposée pour La Route des épices, une bière de seigle au poivre; épice bien représentée dans l’illustration, alors que le chapeau du capitaine a la forme d’un bateau, ce qui nous ramène à la Renaissance, époque où on allait chercher le poivre en Inde, et que la barbe du capitaine est confectionnée de grains de poivre. D’ailleurs, l’exposition servira d’excellente incursion pour survoler et comprendre sa démarche artistique au fil du temps.

« La première section sera consacrée aux œuvres entièrement numériques, réalisées dans Photoshop. Dans la deuxième section seront exposées les œuvres hybrides, la base étant réalisée à la main, à l’encre et à l’acrylique et la finition dans Photoshop. Une troisième section sera vouée aux oeuvres entièrement réalisées à la main, en mixtes médias, soit les plus anciennes. Une section sera consacrée au processus de réalisation, incluant croquis, esquisses, remue-méninges, originaux hybrides, etc. Il y aura évidemment des bouteilles et des pack et il sera sans doute possible de visiter aussi une section destinée aux différentes collaborations de DDC depuis les débuts. »

À chaque bière son histoire

Les anecdotes fusent quand on demande à l’illustrateur de nous parler du souffle créateur qui incarne chacune de ses illustrations. Il admet même s’être déjà prêté au jeu avec sa conjointe pour illustrer La Saison du parc, une bière de style Saison houblonnée dont l’étiquette représente une journée ensoleillée d’été dans un parc. « On s’est pris en photo respectivement et je nous ai par la suite dessinés dans une scène typiquement montréalaise. »

Parlant d’inspiration, l’étiquette de la bière La Rescousse, une collaboration avec le projet du même nom qui fait la promotion de la biodiversité en faisant connaître les espèces fauniques menacées ou vulnérables du Québec, met en scène tout un amalgame de créativité. « La Rescousse voulait une représentation d’animaux et DDC voulait quelque chose de fantaisiste comme d’habitude, alors j’ai voulu intégrer les deux en dessinant une déesse et des animaux en voie d’extinction, à quoi j’ai ajouté une représentation des trois états de l’eau; soit la glace, la vapeur et… l’eau », précise-t-il, en évoquant qu’il s’agissait d’un beau défi de tout faire rentrer dans une seule illustration. Un montant par bouteille de Rescousse vendue est donc versé à la Fondation de la faune du Québec pour financer des actions visant à protéger les espèces en péril tels que le carcajou, le chevalier cuivré et la rainette faux-grillon figurant sur l’étiquette.

La Sentinelle, une bière spéciale lancée en collaboration avec l’IRIS (Institut de recherche et d’informations socioéconomiques) est un autre projet à saveur revendicative. « L’illustration démontre un phare à l’entrée du Saint-Laurent, symbole d’une vigie par rapport aux grandes décisions économiques québécoises. » Ici encore, pour chaque bière Sentinelle vendue, des sous sont remis à l’IRIS pour l’appuyer dans sa mission de diffuser un contre-discours aux perspectives que défendent les élites économiques.

Une illustration à caractère disons humain serait celle qui rend hommage au brasseur Greg Noonan, personnage fort vénéré dans l’industrie de la bière, décédé en 2009. « les partenaires Jean-François Gravel et Stéphane Ostiguy étaient proches de Greg Noonan, qu’ils aimaient côtoyer un peu partout dans les événements bières… Ils ont donc brassé La Pénombre en hommage à celui qui aurait prémédité le style de bière black IPA », raconte Yannick, qui l’a illustré un verre de son élixir préféré à la main.

Une dernière anecdote artistique intéressante et surtout non la moindre est celle de la collaboration entre DDC et la brasserie Trou du diable. En 2014, les brasseries ont élaboré une recette commune de Wit-pils « Nouveau Monde » qu’ils ont ensuite brassée dans leurs installations respectives et sortie sous un même nom : la Divine Comédie. Pour cette deuxième collabo de la série Purgatoire, les illustrateurs des deux brasseries, Yannick Brosseau et Fred Jourdain, se sont prêtés à l’exercice en fournissant chacun une illustration après avoir échangé autour d’un remue-méninges. Depuis, La Divine Comédie parade sur les tablettes des marchands avec les deux illustrations; qu’elle ait été embouteillée à Saint-Jérôme ou à Shawinigan!

Pour un avant-goût de l’exposition des œuvres représentées sur les étiquettes de Dieu du Ciel! signées par Yannick Brosseau, visitez son site Web au yannickbrosseau.ca.