Hazed and Confused  (deuxième partie)

BRASSERIES NORD-AMÉRICAINES

Pale Ale de Casa Agria: Rough and Tumble

Nous sommes le 9 novembre 2016 et je m’apprête à plancher le deuxième volet de mes constatations sur ce sujet. Un 9 novembre pas comme les autres, il va sans dire, où se changer les idées prend la forme d’un bonbon nécessaire. Le bonbon ici est cette fameuse Pale Ale opaque et fragrante dont il n’est pas donné à tous de la livrer comme il se doit, devant nos sens sévères.

Depuis que j’ai commencé mes cours de brassage à l’University of California San Diego Extension, les intervenants seniors provenant de brasseries comme Stone, Ballast Point ou Karl Strauss usent de sarcasme et ne manquent pas une occasion de dénigrer la tendance aux IPA style NorthEast. À prime abord, leur regard pourrait passer pour conservatisme aigri, mais devient soudainement plus facile à comprendre en échantillonnant les moins bons exemples qui ont plus en commun avec le fond d’un fermenteur qu’avec Trillium Brewing.

Parallèlement à cette montée, beaucoup de choses ont changé dans la scène brassicole globale de la côte ouest dans les derniers 12 à 18 mois, mais encore plus dans les dernières semaines. La mise à pied d’employés de longue date chez Stone et le départ de Cosimo Sorrentino, jusqu’à tout récemment brasseur en chef chez Monkey Paw Pub et South Park Brewing, personnifient à eux seuls l’ambivalence ressentie devant le renouveau du portrait global San Diegois. Ce sera peut-être la base d’un prochain papier mais pour l’instant, place aux artisans bourrés de « savoir-flair » qui se lancent dans une aventure où l’échec frappe rapidement.

Casa Agria Specialty Ales

Savamment situé entre Los Angeles et le chai de Firestone Barrelworks à Buellton, avec assez de magnétisme pour scier la route en deux, Casa Agria Specialty Ales est une entreprise méticuleuse, chaleureuse et fière. La diversité y est contrôlée au même niveau que la qualité, on ne s’éparpille pas et on s’assure que les standards établis sont atteints. J’aimais déjà beaucoup leur Grisette et autres rustiques « céréalitées » avant de tomber face à face avec leurs Pale Ale non-filtrées contenant avoine ou blé. Des bières aussi voluptueuses que délicieuses qui ont le don de sculpter des sourires ébahis. Je parle ici de la Rough and Tumble assaisonnée à la verdure Néozélandaise comme le Waimea, Wakatu, Nelson et Riwaka et de la Mirror Flexin avec, comme collaborateurs, Nelson, Simcoe, Columbus et Amarillo. Si les mots ne réussissent pas à vous convaincre, l’image coincée entre les deux paragraphes réussira peut-être.

Great Notion Brewing and Barrel House

Portland, Oregon a beaucoup à offrir, autant dans la rubrique « bières » que dans celle de « plaisirs ». Pas vraiment surprenant qu’elle cache en son abdomen une microbrasserie qui aime parfois se déguiser en Funky Buddha, avec entre autre son imitation d’un muffin aux bleuets, tout en offrant quelques-unes des meilleures hazy IPA de la côte Ouest. Si votre synchronisme est bon, vous serez en mesure de rapporter dans vos bagages ou votre ventre, un très souhaitable growler de Juice Jr. ou Juice Box. Un non-initié refusera de croire que votre salade de fruits est en fait une bière. Soit dit en passant, ce quartier regorge d’options restaurants qui sauront vous donner une excuse à rincer.

Holy Mountain Brewing

À trois heures de route au nord de Great Notion, se trouve tout un joyau. Je n’irai pas jusqu’à dire que cette destination chavire autant que la bombe cinématographique d’Alejandro Jodorowsky sortie en 1973 parce que peu de choses y parviennent. Cependant, elle figure avantageusement sur ma liste de microbrasseries qui réussissent à faire de la bonne façon plusieurs styles qui m’attirent généralement plus que d’autres. Imperial Stout, Saisons délicates, bières sures barriquées ou Pilsner tchèques, en bouteille ou en fût, sont plus souvent qu’autrement ponctuelles au rendez-vous du contrôle de la qualité.

Pour les besoins de la cause, mettons le projecteur sur un autre style qui remplit ses promesses : oui, les Extra Pale Ale non-filtrées. Elles ne mettent en vedette qu’un houblon à la fois dans un canevas céréalier nuageux faisant osciller l’équilibre des saveurs vigoureusement, mais celui de l’alcool à seulement 5 %. Citra, Mosaic, Motueka et Nelson ont étés mis à l’épreuve jusqu’à maintenant avec un succès sans équivoque si on se fie aux chanceux palais visés. Si on fait un pas de plus dans l’échelle de l’étoffe, toujours à 5 %, la Lush Land avec avoine maltée, houblons Mosaic et Comet, agit en tant qu’oreiller douillet pour la soif. Les raisons d’aller à Seattle sont nombreuses, mais pour les valider, cette microbrasserie doit en faire partie.

Vous avez probablement remarqué que je m’en suis tenu seulement à la côte Ouest de peur d’ouvrir le vaste panier de crabe du centre des États-Unis. J’aurais pu remplir des paragraphes seulement avec les options du grand Denver comme Cerebral, Roaring Fork et sa Hoppa Road ou WeldWerks avec sa Juicy Bits. Si elles sont monnaie courante sur la côte opposée, c’est que le centre est déjà délicieusement contaminé. Pas de surprise si le Québec et le reste du Canada n’y échappent pas. Cependant, combien de microbrasseries auront la volonté d’en faire leur niche? Combien, surtout, auront la rigueur nécessaire afin de ne pas faire mauvaise presse de ce liquide de plus en plus en demande? Moins boueux ou plus nuageux devrait nous garder plus près du fameux. Et avec Firestone Walker qui vient tout juste de brancher la F1, IPA non-filtrée, le spectre d’un troisième article sur le sujet plane au dessus de ma pinte.