Imperial Stout vieilli en fût de chêne

Apprivoisez la puissance du côté obscur

Imperial Stout vieilli en fût de chêne

Certes l’un des styles les plus puissants, le ténébreux Imperial Stout peut s’avérer fort complexe et propose une foule de saveurs des plus intenses, particulièrement des arômes de malts torréfiés, rôtis et brûlés qui évoquent chocolat, café et fruits noirs ou secs. Bien alcoolisé, il apprécie généralement le temps passé confiné en barrique de chêne à la merci des effluves des divers alcools forts y ayant séjourné.

Surpris sont les craintifs qui plongent pour une première fois les lèvres dans un Imperial Stout vieilli en barrique de chêne. Cela peut être déconcertant de constater à quel point puissance et douceur peuvent cohabiter dans une bière aussi alcoolisée.

C’est sans doute pourquoi ce style a rapidement surgi parmi les plus populaires de cette nouvelle ère des bières artisanales. Mais ne l’oublions pas, il y a plus de 150 ans, la popularité de l’Imperial Stout s’étendait partout autour de la Grande-Bretagne, et ce, jusqu’au fin fond de l’Europe de l’Est.

Pour la petite histoire

Depuis près de 200 ans, les brasseurs anglais utilisent la mention « Imperial » pour qualifier la version la plus puissante de leur produit. On retrace en Irlande de nombreuses annonces présentant les diverses bières offertes par une brasserie, notamment Porter, Stout, Double Stout, puis Imperial Stout pour la plus puissante du lot. Mais qu’en est-il du Russian Imperial Stout?

Au 18e siècle alors que le Porter bat son plein en Grande-Bretagne, les marchés étrangers sont également désireux de s’abreuver de cette bière si populaire. C’est notamment le cas de l’Europe de l’Est et particulièrement la Russie où les brasseurs anglais envoient régulièrement des tonneaux de leurs meilleures bières, notamment la Burton Ale et le Porter.

Éventuellement, le gouvernement russe se met à taxer un grand nombre d’articles britanniques régulièrement importés. Si les alcools et bières sont directement touchés, une exception est faite pour le Porter. Certains croient que les Russes ne sont simplement pas assez sûrs de pouvoir reproduire le style chez eux, raison pour laquelle ce dernier est exclu.

Quoi qu’il en soit, les brasseurs anglais se mettent alors à brasser davantage de Porter plus forts, parfois désignés Stout ou Strong Stout, qui plaisent particulièrement aux Russes. Parmi les plus fervents amateurs du Strong Porter, une impératrice russe commande à répétition et en importante quantité la version de l’anglaise Thrale Brewhouse qui deviendra éventuellement Anchor Brewery de Southwark.

Au fil du temps, ces Strong Porter ou Stout destinés au marché de l’Europe de l’Est sont qualifiés de Russian Stout. Dans les années 1920, une influente brasserie anglaise, Le Coq, fait la promotion de sa Imperial Brown Ale sous le nom de Russian Stout même si celle-ci n’est pas destinée spécifiquement au marché étranger. Quelques années plus tard la bière prendra le nom de Russian Imperial Stout.

Si l’appellation a presque disparu par la suite, le style Imperial Stout s’est vu réinventé par les brasseries artisanales, anglaises et surtout américaines, et transformé par les diverses variétés d’ingrédients aujourd’hui disponibles, notamment les houblons aromatiques, et les mises en barriques de chênes ayant contenu divers spiritueux.

Imperial Stout vieilli en fut de chêne

De nos jours, les Imperial Stout sont bruns très foncés à noir total et pratiquement toujours opaques. Un somptueux col beige coiffe fièrement les meilleures versions.

Ils offrent des arômes riches et complexes, celles-ci étant torréfiées, maltées, parfois fruitées et proposant diverses notes de houblon ou d’alcool. Le malt torréfié évoque souvent le café, le chocolat noir et une impression de brûlé; les esters fruités tirent quant à elles sur les fruits noirs tels prunes et raisins secs. En bouche, ils sont ronds, moelleux, veloutés et complexes proposant des saveurs intenses.

Évidemment, un passage en fut de chêne leur confère des notes de bois et de chêne, parfois un peu vanillé, et quelques notes alcoolisées qui mettent plus ou moins en valeur l’alcool à avoir séjourné dans la barrique au préalable.

Notre dégustation à l’aveugle

La Corriveau propose au nez cassonade, chocolat, vanille et sucre. En bouche, l’onctuosité est plaisante et une chaleur d’alcool s’impose jusqu’en finale ou le chocolat et le cacao volent la vedette.

La version de McAuslan offre, quant à elle, des notes de chêne, de torréfié et d’alcool et s’avère onctueuse en bouche avec des arômes de café puissant; sa finale est à la fois acide et âcre. Pour amateur de café.

L’Impératrice se distingue au nez par ses notes dominantes de bourbon et un côté plus sucré. En bouche, son effervescence est plus marquée; le sucre résiduel, le bourbon et l’alcool s’agencent à merveille jusqu’à sa finale tout de même douce et vanillée.

Au nez, le RIS de Frampton Brasse propose quant à lui des pointes d’alcool, de chêne, de chocolat ainsi qu’une touche anisée. En bouche, son onctuosité est fort appréciée tout comme ses notes bien senties de grains rôtis et torréfiés, ainsi que l’âcreté d’un espresso que l’on retrouve jusqu’en finale. Fort apprécié de notre panel.

Grains torréfiés, chêne, café et chocolat s’associent de belle façon au nez pour la Chernoe Pivo. Sa texture onctueuse est dominée par de puissantes flaveurs cendrées et torréfiées, puis soutenue par des notes sucrées, d’alcool et de chêne. Café et amertume de cacao concluent cette offrande complexe et séduisante qui remporte la palme.