Marc Gagnon

Fier artisan, amoureux de son terroir

Marc Gagnon

Marc Gagnon a toujours aimé cueillir fruits et plantes en forêt afin de se livrer à diverses expérimentations. La fermentation le passionne et il projette même de partir une hydromellerie avec des bleuets. Malheureusement, la gestion d’une ruche ou d’une bleuetière ne l’intéresse guère… Un voyage en Belgique viendra remédier à cela.

Originaire de St-Gédéon, Marc a d’abord étudié à Alma, puis à Montréal pour son baccalauréat en études cinématographiques ainsi qu’une maitrise qu’il ne fait que débuter avant de prendre la décision de revenir en région et de faire quelques voyages « sac à dos ».

Si lors de son passage dans la métropole il découvre la bière artisanale québécoise – il boit ses premières bières à L’amère à boire, au Cheval Blanc et chez Dieu du Ciel! –, il fréquente aussi la succursale montréalaise de la SAQ Bière où il apprivoise des bières étrangères. Plus tard, lors d’un voyage en Belgique avec Annie St-Hilaire, il visite de petites brasseries et réalise à quel point la bière peut se faire de façon artisanale, ce qui lui plait particulièrement.

La première bière que vous avez brassée?

À mon retour de Belgique, vers 2003, je commençais à brasser dans le sous-sol chez mes parents et ma première bière fut une Blonde d’abbaye. Le résultat était tout de même assez bon, les gens l’ont appréciée et j’ai donc continué à brasser.

À la brasserie, ma première fut la Vire-Capot, une Ale blonde plus accessible. Elle était l’une des cinq recettes disponibles au départ avec la Boutefeu, la Belle Gigue, la Gros Mollet et la Blanche de Grandmont. Je voulais qu’elle s’éclaircisse le plus possible, je l’ai donc brassée en premier pour lui laisser plus de temps.

La bière dont vous êtes le plus fier?

La Tante Tricotante. Je me souviens que l’on avait cette Tripel sans nom et on aimait sa mousse, c’est une recette assez simple, mais il fallait avoir des ingrédients bien choisis pour en arriver là, notamment avec son côté un peu plus houblonné. Son nom la rend plus accessible; qui n’aime pas une tante tricotante? J’aime l’évolution qu’elle a connue avec le chai, surtout le chardonnay et le blend des différentes versions. En plus, elle a une belle reconnaissance dans le milieu.

Votre style de bière préféré? [À brasser et à boire]

À boire, ce sont les Triples belges et les Saisons fortes, j’aime l’expression de la levure. J’adore la Avec les Bons Vœux de la Brasserie Dupont. En fait, j’aime les bières blondes, assez amères et plutôt fortes, même si cela veut dire que je dois en boire moins. À brasser, je dirais la Boutefeu, ma rousse. C’est une bière qui se brasse de manière très efficace, ça fermente bien, ça se fait bien, c’est confortable et pas compliqué. L’expérience de brassage est plaisante et tu ne peux pas avoir trop de problème. C’est encore mieux en buvant une Tante Tricotante.

Votre ingrédient préféré?

La levure, parce que quand tu apprends à travailler la levure, tu es satisfait des effets que tu parviens à créer, mais en même temps, ça demeure toujours une surprise. C’est plus complexe qu’un simple ingrédient… Il y a l’eau de St-Gédéon aussi. Je ne fais aucun traitement, je n’ajoute rien dans la grande majorité du temps, elle est très bonne l’eau ici. Elle est assez calcaire et cela permet une bonne expression de l’amertume. Je crois même que le fait de ne pas la traiter apporte une certaine unité à nos produits.

Une brasserie québécoise que vous appréciez particulièrement?

La Chasse-Pinte de L’Anse-Saint-Jean. C’est un brasseur de la même génération que moi qui met beaucoup d’énergie dans la création de ses bières. J’aime son utilisation de la forêt boréale, les différentes plantes et les thés, c’est très trippant, il fait preuve d’innovation. On sent aussi qu’il a un respect de la bière. J’aime beaucoup ce qu’ils font, c’est imaginatif et bien pensé.

Une bière québécoise que vous auriez aimé brasser?

La Cerná Hora de L’amère à boire. Quand j’étais à Montréal et que je me disais que je voulais brasser de la bière, c’est elle que je souhaitais brasser. Aujourd’hui, c’est un exemple de bière artisanale intègre, elle est constante et même 10 ans plus tard, on retombe au même moment où on l’avait goûtée la première fois.

Ce que vous aimez de la bière au Québec…

J’aime la fraternité du milieu, la liberté que les clients nous laissent en acceptant que l’on innove. J’ai développé des amitiés dans le milieu et on y retrouve naturellement un esprit de partage. J’aime aussi le côté artisanal, il y a beaucoup de brasseurs qui respectent la bière et qui ne veulent pas tourner les coins ronds.

Ce que vous aimez moins de la bière au Québec…

Je n’aime pas les entreprises qui ne respectent pas le travail des artisans. Ça prend un effort artistique. Je n’aime pas la SAQ qui est au-dessus des lois et qui ne respecte pas les règles, entre autres en ce qui concerne les consignes de bouteilles. Je n’aime pas les détaillants qui surenchérissent les produits rares ou qui nous demandent d’acheter l’espace tablette. Je n’aime pas le système de lois vétustes et compliquées dans lequel c’est ardu de travailler. Ça commence à changer, mais…

Qu’est-ce que nous réserve votre brasserie?

Outre les festivités et le tournoi du 10e anniversaire de la brasserie, on continuera à expérimenter avec les bières boréales, surtout en fûts pour l’instant. On veut assurer l’accès à nos classiques à l’ensemble du Québec et réduire les ruptures de stock. Le chai nous apportera Gros Mollet en fût de porto, Frappabord en fut de rhum, et des trucs surets. On aura également la 10e saison, une Saison extra-forte à la manière des meilleures Saisons belges fermentées sur bois. On vise quelque chose d’un peu plus houblonné avec un côté acide et festif. Ça se retrouvera en bouteille un peu partout en quantité limitée vers le début juillet.