Fin de règne heureux pour Frédérick Tremblay

Frédérick Tremblay au podium lors du congrès de l'AMBQ
Photo Olivier Bourget pour l’AMBQ

Après avoir effectué deux mandats (2012-2017) à la tête de l’Association des Microbrasseries du Québec (AMBQ), Frédérick Tremblay passait le flambeau lors de l’assemblée générale annuelle de l’association tenue en clôture du 8e congrès de l’AMBQ, le 22 novembre. Si celui qui est également propriétaire de la MicroBrasserie Charlevoix (MBC) a passé six ans à la présidence, il aura aussi été un membre actif au sein du conseil d’administration et divers comités des années durant avant d’être élu chef.

Témoin privilégié de sa transformation, le président sortant avait envie de partager son expérience et l’évolution qu’a connue l’AMBQ durant ses années à la barre de l’association. « L’AMBQ fait un job sale que personne ne veut faire. Mais, sans elle, c’est toute une industrie qui s’effondrerait tranquillement. » Entretien en quatre temps avec un homme fier.

Bières et plaisirs : À ton avis, quels ont été les moments charnières dans l’industrie?

Frédérick Tremblay : L’histoire des warning label, les fameux don’t drink and drive/and during pregnancy; ce fut un gros combat pour lequel j’ai débattu trois fois aux communes alors que j’étais vice-président. C’est d’ailleurs là, vers 2005, que Laura Urtnowski le perçut comme relève potentielle après son énième mandat. Ce fut un dossier épineux, celui qui m’a fait comprendre l’importance de se regrouper. Notre argumentaire relevait des principes de prévention et d’éducation, des actions dans lesquelles il était beaucoup plus payant d’investir plutôt que de dépenser pour ces warning label…

L’apport du Québec a donc été fructueux pour faire tomber la loi qui aurait obligé l’application de ces grosses étiquettes bilingues au détriment de l’espace disponible pour apposer les informations relatives au produit contenu dans la bouteille. Mon témoignage a interpelé Laura quand j’ai expliqué que j’étais propriétaire avec ma femme d’une petite brasserie et nous devions apposer les étiquettes une par une sur nos bières.

Le congrès de l’AMBQ; j’ai été un des idéateurs du projet, c’est vraiment LA place pour comprendre ce que c’est qu’être brasseur au Québec. Lors du premier congrès tenu en 2010 pour souligner le 20e anniversaire de l’asso, on comptait une cinquantaine de brasseurs et une douzaine de fournisseurs. Cette année, ils étaient plus de 80 brasseurs et une cinquantaine de fournisseurs pour la 8e édition. Très appréciée des membres et partenaires de l’industrie, l’activité rassembleuse qui devait à l’origine se tenir aux deux ans connait chaque année un succès sans précédent!

Et plus récemment, la mise en place du programme qualité et la certification; j’ai commencé à participer au comité alors que nous brassions 600 hectolitres à la MBC. À l’époque, nous étions une petite micro, alors nous étions bien placés pour monter ce programme de A à Z. J’ai eu le privilège de voir le dossier évoluer jusqu’à son instauration, il y a quelques mois seulement.

Parle-moi de tes principales fiertés?

Le fait que l’AMBQ soit devenue une association de tous les brasseurs avec l’inclusion, en 2012, des brasseurs artisans; c’est ce qu’ont d’ailleurs revendiqué pour la première fois en 2004 la vingtaine de brasseurs, dont Philippe Jarr (Brasseurs RJ), Bruno Blais (La Barberie) et lui-même, en répondant à l’appel de Laura qui invitait tous les détenteurs d’un permis de brasseur à venir discuter en marge du festival de Chambly. En devenant président en 2012, je souhaitais ardemment que l’AMBQ devienne l’association de toute l’industrie en rassemblant petits et grands acteurs, alors qu’elle ne s’était adressée trop longtemps qu’aux détenteurs de permis de brassage industriel.

L’augmentation substantielle de l’effectif – de 35 membres en 2012 à 72 en 2017. On est passés d’un effectif qui renfermait 36 % des détenteurs de permis à 65 %. D’ailleurs, avec ses deux journées et demie de conférence, d’ateliers et le réseautage naturel qui s’y fait, l’implantation du congrès a eu un impact positif direct sur la hausse des adhérents auprès de l’association.

En plus de nombreuses autres grandes, moyennes et petites fiertés comme la bière pour emporter, les canettes, un mémoire longuement travaillé pour mettre un stop au fameux rapport Godbout qui menaçait carrément de détruire l’industrie et la qualité de la bière en général qui s’est beaucoup améliorée. Et concernant la bière pour emporter, le fait qu’on ne vende pas de growler et n’embouteille aucune bière en canette à la MBC n’a jamais empêché Fred Tremblay de prioriser les intérêts de l’AMBQ avant les siens et ainsi faire avancer ces dossiers si chers à l’industrie. D’ailleurs, le président sortant est fier d’admettre que la première position qu’il a prise à son arrivée en poste a été de tout faire pour que les brouepubs puissent enfin vendre leur bière pour sortir.

Quel aura été ton plus grand lègue selon toi?

Je dirais le programme qualité et la certification. Cela nous aura pris plus de temps que prévu à lancer, mais on est très fiers de ce projet, un outil pédagogique d’ailleurs utilisé au CÉGEP de Jonquière dans le cadre de l’AEC en technique de production brassicole. Je le rappelle : le programme-qualité est un service aux brasseurs qui n’est pas un contrôle de qualité, mais une assurance-qualité, et ce, tout au long du processus de brassage. La certification, elle, est un service destiné au consommateur pour assurer que la bière qu’il achète est aussi bonne que celle que le brasseur envoie dans des concours, comme quoi la bière qu’on retrouve sur les tablettes en est une de compétition.

Que comptes-tu faire maintenant?

Je vais rester près de l’AMBQ, comme la cause me tient vraiment à cœur. Je suis persuadé que sans une association forte, l’industrie serait en danger, mais il est temps d’un changement de leadership si l’on veut continuer à grandir et garantir une relève « politique » forte.

Sinon, je vais donner du temps à mon équipe de la MBC, qui a été extraordinaire de me permettre d’en consacrer autant à l’AMBQ. J’ai hâte de savoir ce qui se passe là-bas (joke)! Je compte aussi m’investir plus largement dans l’entrepreneuriat et ainsi donner au prochain… Surtout depuis mon passage à l’École d’Entrepreneurship de Beauce, où j’ai pu profiter du partage de l’expérience d’entrepreneurs émérites québécois, qui servent certainement d’inspiration pour nos entrepreneurs de demain.

Cheers Fred!