Comment conserver optimalement ses spiritueux

Des bouteilles de spiritueux de toutes sortes
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Bon début d’année à vous tous! J’ai appris que mon article « Comment se bâtir une étagère de Whisky » avait été le plus lu sur notre site Internet en 2018. Je tenais donc à vous en remercier bien humblement.

Écrire sur les spiritueux dans un média dédié en premier lieu au monde brassicole peut paraître parfois quelque peu futile. Eh bien non! Vous, chers lecteurs, me le prouvez encore une fois. Je tâcherai de demeurer en 2019 digne de l’intérêt que vous me portez.

Pour faire suite à cet article, je vous propose ce mois-ci de regarder ensemble les meilleures façons de conserver de manière optimale vos bouteilles.

Le cas des liqueurs et des vins ou cidres fortifiés
Vérifiez tout d’abord le contenant. Si celui-ci est de plastique, passez votre tour. De toute façon, peu de spiritueux dignes d’intérêt ont été mis dans de telles bouteilles.

Les liqueurs contiennent des sirops, voire de la crème. Si on peut les conserver jusqu’à cinq ans avant leur ouverture, après par contre, on ne parle que de mois. Je vous conseille grandement de les entreposer au frigo. Idem pour les vermouths, cidres de glace et autres vins fortifiés. Mais la plupart de ceux-ci ne garderont toute leur fraîcheur que quelques semaines une fois débouchée.
Dans tous les cas, référez-vous à l’étiquette.

Les vieux spiritueux

Notez d’abord que le whisky, ainsi que les autres spiritueux, ne se bonifie pas avec le temps. Un single malt de 12 ans embouteillé en 1919 demeure un scotch de 12 ans, même si vous le débouchez cette année. Le taux d’alcool est bien assez élevé pour éviter qu’il y ait trop de changement ici. Il prévient aussi toute contamination donc, il n’y a rien de néfaste pour votre santé. Du moins, tant qu’il n’a pas trop baissé. Une vérification sommaire du sceau, de l’étiquette et de l’allure générale de la bouteille suffisent pour confirmer cela.

Si la bouteille est scellée et que le niveau du liquide vous semble particulièrement bas par contre, l’évaporation aura fort probablement fait diminuer le taux d’alcool. En cas de doute, il est tout à fait possible de déterminer celui-ci grâce à un hydromètre, disponible chez tous les marchands de produits pour faire du vin ou de la bière maison, ou sur Amazon.

Durée de vie d’une bouteille ouverte

Selon à qui vous posez la question, la durée de vie d’un spiritueux entamé variera grandement. Les gens des ventes et du marketing des distilleries et des agences vous diront qu’une bouteille ouverte ne peut se garder que six mois.

Les autres employés ainsi que la plupart des ambassadeurs parleront plutôt de deux ans. Les connaisseurs vous répondront cinq ans, voire plus, selon le niveau du liquide.

Certains amateurs vont décanter les derniers millilitres dans de plus petits flacons hermétiques, réduisant grandement l’espace disponible à l’oxydation. Ils prendront soin de noter tous les détails de l’étiquette originale en plus d’ajouter la date d’achat et celle du changement de contenant. Cela leur permet de comparer l’échantillon avec une bouteille neuve afin de voir comment le produit a évolué et déterminer les variations d’une année à l’autre.

OBE

Bien que plus stables que le vin, les spiritueux peuvent s’altérer lors de longs séjours en bouteilles et des flaveurs indésirables finiront par apparaître. Les anglophones appellent cela le Old Bottle Effect (ou OBE). Cela ne se manifeste pas véritablement avant une trentaine d’années, et les techniques modernes de distillation tendent à diminuer grandement son ampleur.

Alors, comment contrer tout cela? Premièrement, gardez vos alcools loin des rayons dommageables du soleil. Plusieurs whiskys sont vendus dans des tubes ou dans des boîtes décoratives, ce qui représente un excellent moyen d’éviter toute luminosité. C’est plus encombrant, certes, mais tellement efficace.

Contrairement au vin, les spiritueux se conservent debout dans un endroit sec et frais, ce qui réduit l’évaporation. Si la bouteille possède une capsule à vis déjà ouverte, assurez-vous de la resserrer de temps à autre. Si elle est faite de métal, prenez soin de ne pas la déformer, son étanchéité serait alors compromise.

Finalement, entreposez vos alcools dans un environnement aussi sain et dénué de toutes odeurs fortes. La cuisine ou une cave en terre ne constituent définitivement pas des endroits idéaux.

Par contre, ne jetez pas immédiatement le contenu à la poubelle aux premiers effluves négative. Laissez votre verre respirer plusieurs minutes avant de porter un jugement final. Je me souviens par exemple d’un bourbon embouteillé en 1975 offert lors de notre dernier passage au Kentucky. Le nez initial rappelait le vernis à meuble et les produits chimiques. Mais après 30 minutes, les arômes de vanille et de butterscotch se sont présentés à nous dans toute leur splendeur.

Et c’est bien là que réside tout l’intérêt d’essayer de vieux alcools de qualité. Ils ne sont rien de moins qu’une capsule spatio-temporelle, une sorte de voyage dans le temps et l’espace. Une manière de découvrir le terroir, les façons de faire, les préférences et modes d’une époque et d’un lieu donné.