Pit Caribou vendu… à deux Gaspésiens

Le Pub Pit Caribou à Percé. La brasserie se situe, quant-à-elle, à Anse-à-Beaufils.

La nouvelle est tombée : La Microbrasserie Pit Caribou change de mains.

Après trois tentatives d’achat en deux ans par trois microbrasseries distinctes dont Francis Joncas préfère taire les noms, voilà qu’une offre finale vient d’être signée officiellement. Rencontré à Montréal au pub gaspésien du même nom qu’il a ouvert rue Rachel Est en 2016, Joncas précise que l’endroit restera entre ses mains. La transaction est faite avec deux Gaspésiens Vincent Coderre et Jean-Francois Nellis qui n’avaient jusqu’à maintenant rien à voir avec l’univers de la bière si ce n’est que d’en être de bons consommateurs, mais qui cumulent plusieurs années d’expérience en gestion et dans le domaine agro-alimentaire. Elle inclut : la microbrasserie, c’est-à-dire l’usine de L’Anse-à-Beaufils et la boutique s’y rattachant, ainsi que le pub de Percé. Seule exception pour l’heure : Francis Joncas demeurera propriétaire de la bâtisse du pub de Percé, qu’il louera aux jeunes entrepreneurs qui assumeront l’entière gestion des opérations.

« Pour moi, le moment était crucial ; la micro a passé le cap du 10e anniversaire, elle est bien installée dans l’industrie brassicole au Québec et j’ai réalisé qu’elle était très vendable. » – Francis Joncas, cofondateur de Pit Caribou.

On s’imagine bien la communauté locale expirer un gros soupir de soulagement quand elle apprendra que leur micro restera dans les mains des leurs… À la question pourquoi avoir vendu, Francis répond que l’entreprise qui fait vivre une trentaine d’employés est rendue trop grosse à gérer pour ses capacités. « Pit Caribou va trop vite pour moi. Une analogie qui illustre bien comment je me sens, c’est comme quand on descend une côte en première vitesse… En même temps, c’est de ma faute, car j’ai trop poussé la machine », admet-il, en précisant qu’il préfère être plus près des opérations que d’administrer du haut de la pyramide.

Seul à la tête de Pit Caribou depuis que son partenaire Benoit Couillard a vendu ses parts en 2014 pour lancer la légendaire Brasserie Auval, Francis n’avait pourtant pas l’intention de vendre… du moins pas avant qu’on l’approche. C’est lorsque les résultats de l’évaluation sont sortis au grand jour lors de la première tentative d’achat qu’il s’est mis à y penser sérieusement. « C’est là que j’ai réalisé tout le potentiel de Pit Caribou, ce que la microbrasserie valait réellement sur le marché à l’heure actuelle. » Voilà qui aura été un incitatif pour s’ouvrir à l’idée et ainsi penser à poursuivre vers d’autres avenues qui le font vibrer depuis longtemps.

Après deux autres tentatives échouées, il reçut un appel à la maison de la part des éventuels propriétaires ; deux promoteurs qui voulaient se porter acquéreur d’une entreprise gaspésienne. « Sur le coup, ça m’a surpris, comme il n’y avait à peu près que ma mère qui m’appelait sur mon téléphone fixe… Et je leur ai répondu que Pit Caribou n’était pas à vendre. » Puis, comme l’intention des jeunes investisseurs qui voulaient passer d’un job administratif à un métier disons plus artisanal était sérieuse, Francis a accepté de les rencontrer. La suite de l’histoire est désormais connue.

« Pour moi, le moment était crucial ; la micro a passé le cap du 10e anniversaire, elle est bien installée dans l’industrie brassicole au Québec et j’ai réalisé qu’elle était très vendable. » Le temps était donc venu pour lui de prendre la balle au bond.


Trois ans de mentorat

S’il est bien excité d’aller relever d’autres défis sans pour autant quitter l’univers des micros, Francis épaulera en parallèle les nouveaux propriétaires pendant trois ans afin d’assurer une bonne passation des connaissances. « Je serai un employé de Pit Caribou pour les trois prochaines années. Je vais brasser et filtrer pendant les fins de semaine et je vais continuer à piloter le volet fermentation spontanée à la brasserie », son projet phare, d’aucuns seront surpris de l’apprendre !

Quant à ses intentions futures, celui qui a convaincu le gouvernement fédéral de permettre en 2017 le brassage de la bière à partir de levures sauvages en toute légalité n’a pas fini d’innover en la matière. « Je vais continuer à m’investir dans l’industrie de la bière artisanale, mais je n’ai pas l’intention de déshabiller Jean pour habiller Jacques. »

Francis Joncas a déjà commencé à travailler sur un nouveau projet au nom de Brett et Sauvages, une nano-brasserie située à quelques kilomètres de la microbrasserie Pit Caribou et qui produira des bières de type « spontanées ».

Un dossier à suivre…