Et si on faisait comme eux…

Photo Frédéric Harnois

Chaque fois que je pose le pied quelque part dans le monde, j’ai un réel plaisir à essayer de comprendre les lois et règlements appliqués à la vente d’alcool pour comparer mes observations aux règlements du Québec. En générale, le Québec se dote de lois et de règlements qui permettent la vente d’alcool en gardant un contrôle sur la production, la vente et la consommation, ce qui est tout à fait normal. En revanche, certains assouplissements de règlements permettraient aux brasseries et distilleries de vendre différemment. Et si on modifiait certaines choses… 

La vente d’alcool et de bières aux particuliers

Quelques amis du milieu de la bière et moi-même avons pour habitude de voyager une fois par année ensemble. L’idée étant d’aller découvrir la culture bière ailleurs et d’associer nos différentes expériences pour mieux comprendre les particularités d’un marché. Nous revenons d’Halifax, capitale de la Nouvelle-Écosse; province canadienne. J’insiste donc sur le fait qu’on est encore au Canada.

Quelques heures avant de prendre notre vol de retour pour Montréal, nous décidons de visiter un salon gastronomique, organisé par un magazine culinaire connu en Atlantique, qui propose les habituels kiosques de produits miracles, de savons qui sentent bon et d’offres touristiques; la période estivale s’en venant à grand pas. Un salon que l’on trouve partout au Canada, y compris au Québec. Bien entendu, de nombreux producteurs alimentaires sont également sur place ainsi que brasseurs et distillateurs de la grande région d’Halifax.

Nous avons dégusté des dizaines de produits et rencontré les artisans. Une pratique courante que l’on trouve, une fois de plus, partout au Canada, y compris au Québec. Mais bonne surprise! À la fin de la conversation on nous propose d’acheter la bouteille de notre choix et de repartir avec elle, sans nous sentir comme le dernier des bootleggers en cavale au temps de la prohibition. Une transaction que l’on trouve peu souvent au pays et surtout pas dans La Belle Province. 

Chaque exposant sur place a le droit de vous vendre de l’alcool et de vous préparer un beau petit sac cadeau avec différents produits. Au Québec, c’est interdit, sauf pour les producteurs artisanaux de cidre et alcools de petits fruits. Pourquoi ne pas étendre cette autorisation aux brasseries et distilleries? Imaginez un salon de la bière ou vous pourriez acheter vos produits après en avoir discuté avec le brasseur! 

Une bière en fût dans un magasin

Boire une bière dans un magasin, voilà une habitude à perdre quand vous arrivez au Québec en provenance de France ou de Belgique et que vous voulez acheter de la bière. Interdiction de servir de la bière en fût si vous détenez un permis de vente d’alcool pour épicerie ou dépanneur. C’est la loi. 

En France, vous entrez dans un magasin de bières, vous vous dirigez vers le comptoir, vous commandez une bière, on vous la sert, vous magasinez tranquillement, vous terminez votre verre et vous sortez avec vos achats. 

Plus près d’ici, en Ontario, en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick, vous ne pouvez pas vous servir un verre, mais vous pouvez acheter un growler rempli à partir d’un fût que le magasin aura préalablement branché. Une bien belle façon de découvrir des bières jamais embouteillées par différentes brasseries. 

L’Association des détaillants en Alimentation avait proposé, dans son mémoire présenté au comité de la sécurité publique de l’assemblée nationale, de donner aux détaillants la possibilité de vendre de la bière en fût dans des growlers; une coutume assez populaire partout aux États-Unis. L’option n’a pas été retenue. Un contenant remplissable à l’infini que le consommateur garderait chez lui, n’est-ce pas un choix plus écologique? 

La vente par correspondance

Envie de vous offrir quelques bières d’une brasserie ou distillerie et les faire livrer à votre domicile? La loi n’est pas si claire, mais c’est interdit. Seule la SAQ peut utiliser les services postaux pour livrer de l’alcool aux consommateurs. Pourtant, certains sites internet de producteurs commencent à le proposer et les colis semblent arriver à bon port. De plus, le gouvernement fédéral vient d’annoncer qu’il aimerait faciliter la transaction d’alcool entre les provinces pour les particuliers seulement. Il serait temps de faire un peu de ménage, en effet.

En Europe, des entreprises indépendantes achètent de la bière aux brasseries et les proposent sur des sites de vente en ligne. Vous pouvez, par exemple, vous commander des « coffrets découvertes ». Au Québec, seuls les détaillants ont le droit de vendre de la bière et il leur est interdit de l’expédier par service postal. Encore une fois, seule la SAQ peut le faire. 

Santé!