Des variétés patrimoniales à intégrer au potager

Le frère Armand Savignac et des plants de la tomate rose Dufresne Savignac qu’il a créée à Joliette au début du siècle dernier.
Photo Yves Gagnon

Il y a plusieurs raisons de cultiver des variétés patrimoniales de fruits et de légumes au jardin. Pour profiter du fait qu’elles sont particulièrement adaptées à notre terroir, pour perpétuer des plantes qui dépendent de notre bon vouloir pour exister, mais aussi pour redécouvrir des goûts et des histoires oubliées.

Au lieu d’acheter à la quincaillerie des semences produites en Californie ou en Italie, pourquoi ne pas les commander chez des semenciers québécois? « Quand on sème une graine d’une plante qui été développée dans un climat chaud, elle se retrouve un peu perdue une fois rendue ici. Les semences produites ici sont adaptées aux particularités de notre climat depuis des générations. Le plant va se développer mieux et être plus résistant aux maladie, ce qui simplifie le travail du jardinier,» explique Yves Gagnon, qui produit des semences patrimoniales et mène des travaux horticoles depuis 40 ans dans ses Jardins du Grand-Portage, dans Lanaudière.

Mais qu’est ce qu’une variété patrimoniale? « Pour moi c’est une variété qui a une histoire. Ici, je vends la tomate rose Savignac, créée par le frère Armand Savignac à Joliette. Il y a aussi le concombre Tante Alice, que cultivait madame Alice Gosselin à Saint-Lazare et dont les semences ont été retrouvées par son neveu. Je pourrais aussi vous parler du haricot Fortin ou du melon de Montréal, développé par les pères Trappistes d’Oka, » dit monsieur Gagnon.

Autrefois, les familles se transmettaient les semences issues de leur jardin. À partir du moment où l’industrie a pris le relais, les jardins se sont standardisés. En se basant sur des critères d’esthétisme, pour des raisons comme leur résistance au transport ou leur durée de conservation, les industriels de l’alimentation ont sélectionné certaines variétés, en laissant complètement tomber d’autres. Des décisions souvent prises au détriment du goût. Sans être cultivées, ces variétés sont vouées à disparaitre.

Même chose du côté du verger. Heureusement, de plus en plus de centres horticoles et de pépinières se font un honneur de remettre les variétés patrimoniales en valeur. 

« Nous avons les amélanchiers, aubépines et pruniers noirs du Canada, des arbres qu’on retrouve encore sur les vieilles fermes, » dit Éric Delorimier de la Pépinière aux arbres fruitiers de Rawdon. « On vend aussi le prunier Valton, sélectionné par le frère Valton du domaine Valton Osiris, la vigne à raisin Hogan, trouvée sur une vieille ferme et le poirier Savignac du frère Armand Savignac. »

Mais ce n’est pas tout. À partir de plants de semences de variétés ancestrales, il est possible de récolter ses propres semences et de ne plus dépendre du magasin! Une pratique souvent impossible avec les plants et semences industriels qui sont conçus expressément pour ne pas être reproductibles. Choisir des semences patrimoniales, c’est perpétuer notre histoire, mais également contribuer à la diversité végétale et à la sécurité alimentaire de l’humanité.

Consultez ces sites pour vos semences patrimoniales