Jani Beauchamp

Actrice de changement

Jani Beauchamp dans ses installations chez OmniChem, à Pointe-aux-Trembles.
Photo Valerie R. Carbonneau

« Wow, cool! » répondait Jani Beauchamp lorsqu’on lui a appris qu’elle était la prochaine candidate à faire l’objet de notre chronique mensuelle. Diplômée de L’Institut de technologie agroalimentaire (ITA) en transformation des aliments, elle a franchi la porte d’entrée d’OmniChem après avoir respecté un pacte de relève avec son père : combiner cinq ans de travail-études dans le domaine avant de joindre son équipe. 

Depuis l’été dernier, Jani est officiellement copropriétaire du fabricant-distributeur de produits de lavage et d’assainissement destinés principalement au secteur agroalimentaire. Celle qui adore «rencontrer des gens et transmettre son savoir, car au-delà de la vente, on fait du service-conseil», admet avoir racheté des parts plus tôt que prévu en vertu de la conjoncture de la compagnie. Une décision qu’elle accueille comme un défi stimulant plutôt qu’apeurant.

En vérité, sa seule crainte devant ce défi à relever était de ne savoir concilier travail et famille, avoue la jeune mère d’une fillette de deux ans. Bonne nouvelle : elle s’en sort finalement plutôt bien! Et c’est beaucoup grâce à son conjoint qu’elle qualifie d’extraordinaire dans cette belle aventure. «Une blague qui ressort souvent, c’est que j’ai accouché un samedi et le lundi suivant, mon téléphone était rouvert.» Deux semaines plus tard, elle s’était d’ailleurs déplacée en petite famille à Québec pour le congrès de l’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ). 

Des Îles de la Madeleine à Haïti, en passant par l’Algérie, où a élu domicile leur coentreprise… Quand on pense que 40 % du chiffre d’affaires d’OmniChem est dédié aux exportations, on peut dire que Jani est passée maître dans l’art pour optimiser son temps. Un équilibre qui lui réussit bien sans trop éprouver de culpabilité envers les deux amours de sa vie.

Dès son entrée chez OmniChem en 2007, elle s’est mise à tisser des liens en travaillant sur des documents techniques à remettre à ses clients microbrasseurs, une industrie qu’elle affectionne particulièrement. Quelques mois plus tard, elle était approchée par Luc Vallée et Michel Gauthier pour participer à l’élaboration du programme qualité à l’AMBQ soit, pour la portion salubrité. Après plusieurs formations en classe pour le secteur et des diagnostics posés sur place en montant et démontant les différents systèmes, ils ont rédigé un manuel de salubrité spécialement dédié pour l’industrie microbrassicole. 

«Les principes de lavages, l’entretien préventif, la santé et la sécurité; l’objectif est d’être en contrôle du procédé, car comme on travaille avec du vivant, c’est premier arrivé premier servi! Si par exemple il y a des points morts dans le système et que cela apporte des bactéries ou des levures non désirées, le profil aromatique souhaité initialement pourrait avoir subi des modifications en cours de route et ainsi donner lieu à un mauvais résultat.»

Partenaire essentielle de l’AMBQ décorée

Les microbrasseries non pasteurisées sont plus à risque de développer des problèmes de contamination, explique-t-elle en précisant que l’on parle ici de contaminations qui auront un effet sur la qualité du produit et non pas la santé du consommateur. En réponse à cette réalité, OmniChem a travaillé sur une approche qui ressemble plus à celles proposées dans une fromagerie par exemple, étant donné la sensibilité du produit à fabriquer. «Car, on le sait, certains moments de la production sont cruciaux pour assurer une qualité de la bière. Un bon programme de lavage et assainissement combiné à un système d’entretien sanitaire préventif sont essentiels à des standards de qualité élevés. Comme technologues en agroalimentaire, nous avions les connaissances requises pour aider en ce sens. Et disons qu’au cours des 10 dernières années, nous avons eu la chance de discuter de beaucoup de choses tout en dégustant d’excellentes bières», admet l’amoureuse de bières de micros qui donne encore deux formations par année pour l’AMBQ, en plus de mener différentes interventions ponctuelles dans les brasseries. 

En 2015, l’AMBQ lui remettait, lors de son gala annuel, le prix Reconnaissance en tant que partenaire essentiel des microbrasseries. Gala où on lui confia d’ailleurs, à son grand bonheur, le volet animation de l’édition 2018.

En tant que femme d’affaires qui a pu franchir des portes ouvertes sur son chemin, Jani trouve important de redonner à la communauté. «Je pense que cela fait partie de nos responsabilités en fait», confère celle qui vient de signer une entente avec le Chaînon, ce centre d’aide aux femmes en difficulté bien connu à Montréal, en pointant des produits de lavage qui attendent patiemment dans le corridor d’être livrés. Pourquoi les femmes? «Au départ, je voulais aider des enfants dans le besoin, explique-t-elle. Mais, je me suis dit que si les mamans allaient bien, les enfants iraient mieux.» 

Concernée par notre empreinte carbone 

Jani est habitée par un drôle de paradoxe. Elle prétend que ne pas avoir été propriétaire d’une entreprise en chimie, elle serait activiste en environnement, raconte-t-elle en partageant que plus jeune, elle reprochait à son père d’être un tueur de poissons. «Puis, un jour il m’a dit : si tu veux changer les choses, mieux vaut être dedans que dehors. Car, c’est facile de critiquer, mais être dans l’action c’est une autre paire de manches… Et il avait tellement raison!» La compagnie était déjà à son image avec, au cœur de ses engagements, des valeurs de proximité avec la clientèle notamment. «Mais, je veux aller une coche plus loin et devenir une entreprise de produits chimiques durables… Voilà qui est mon grand défi des prochaines années pour ainsi être en harmonie avec mes principes et faire d’OmniChem un acteur de changement.» 

Suivant cette logique, la femme d’affaires engagée s’est organisée pour que la candidature de l’entreprise soit déposée au concours Parcours Développement durable Montréal. Résultat : OmniChem a été sélectionnée parmi une vingtaine d’entreprises montréalaises pour participer au programme de soutien; une démarche d’accompagnement sur une année complète dont l’objectif est de trouver des solutions innovantes afin d’instaurer des modèles d’affaires et politiques durables et inspirants non seulement pour l’entreprise, mais pour toute la société. «Je me donne comme défi des prochaines années de rendre mon entreprise de plus en plus durable par le biais de gestes concrets, autant pour les produits que nous fabriquons que notre engagement dans la communauté, les conditions de travail chez nous, l’achat responsable, l’optimisation des transports, etc. Je crois que nous devons être des citoyens corporatifs conscients de notre impact sur l’environnement et qu’il est de notre devoir de s’améliorer.»