La vache canadienne, une race à protéger

Terroir

Photo Courtoisie Robert Benoit

Reconnue comme race patrimoniale à protéger par le gouvernement du Québec, la vache de race canadienne fait parler d’elle ces temps-ci. Un troupeau de 200 animaux a été sauvé de l’encan en avril dernier. Que peut-on faire, en tant que consommateur, pour favoriser la protection de cet animal dont il ne reste que quelques centaines d’individus pur-sang?

Issue des premières vaches françaises amenées par bateau en Nouvelle-France au début des années 1600, la race canadienne a longtemps été la seule présente dans nos champs. Deux siècles d’isolation, avant que le régime anglais n’importe les vaches jerseys, lui ont permis de s’adapter au terroir nord-américain et de prouver sa rusticité et sa grande tolérance aux rudesses du climat. 

Puis, après l’introduction des races anglaises, la petite vache noire s’est mise à perdre en popularité. En partie parce que moins prolifique que d’autres comme laitière, puis parce que le gouvernement s’est mis à distribuer des incitatifs pour que les agriculteurs choisissent d’autres races.

Des fromages au lait de vaches canadiennes

Pourtant son lait est idéal pour la fromagerie, explique Philippe Labbé, de la Laiterie Charlevoix, où l’on fabrique deux fromages à partir de lait de canadiennes. « Il y a autant de différences entre les laits des différentes vaches laitières que dans les cépages en vin. Le lait de la canadienne est très intéressant, très protéiné. Il donne des fromages où les arômes vont se développer rapidement, très riches en goût. Ce sont de vrais fromages du terroir. »

La Laiterie Charlevoix produit le 1608 et l’Origine de Charlevoix, exclusivement à partir de lait de canadienne. La Fromagerie du Pied-De-Vent des Iles de la Madeleine fait de même avec ses quatre fromages, le Pied-de-Vent, le Jeune-Quart, la Tomme des demoiselles et le Cheddar Arseneau. Ces fromages portent le logo de l’appellation réservée « Fromage de lait de vache canadienne ». 

« On a choisi la vache canadienne à cause de sa rusticité. Elle est petite, avec de fortes pattes, parfaites pour les terrains vallonnés. C’est certain qu’elle donne moins de lait que d’autres, il faut vivre avec ça, mais c’est presque une philosophie. On s’investit pour la sauvegarde de la race », dit René Landry, copropriétaire de La Fromagerie du Pied-De-Vent.

Un patrimoine qui peut être sauvé

Même s’il ne reste qu’environ 400 vaches canadiennes pur-sang dont 300 au Québec, Mario Duchesne, directeur-général de l’Association de mise en valeur de la race bovine canadienne dit que tout est là pour assurer la perpétuité de la race. « Il suffit de prendre des actions concertées. La diversité génétique est là et nous avons en banque des semences de taureaux produites dans les années 50 encore viables. Il n’y a pas de crainte à avoir, mais il y a urgence d’agir. » Selon le spécialiste, rien ne sert de faire de la petite vache noire un bibelot dans un musée. «Pour préserver une race, il faut la garder vivante, lui donner une orientation, en valorisant son lait dans une branche bien à elle. Le fromage est une excellente avenue. » 

Mélanie Gagné, agricultrice de Lanaudière, a organisé le sauvetage d’une centaine de vaches canadiennes au début avril dernier. Leur maître devait s’en départir rapidement pour cause de maladie et elles risquaient de prendre le chemin de l’encan et peut-être finir à la boucherie. 

« Grâce à des dons du public et à un encan silencieux que nous avons organisé chez l’éleveur, toutes les vaches ont pu être relocalisées et les 20 acheteurs se sont engagés à respecter la pureté génétique de la race en ne les croisant pas. C’est un gros succès! En sauvant 103 bêtes, c’est presque la moitié de la race que nous avons sauvée! » 

Selon Mélanie Gagné, aussi secrétaire-trésorière des Races patrimoniales du Québec (RPQ), il ne reste plus qu’à passer le mot : « Il faudrait que chaque touriste qui vient au Québec et qui veut connaitre le goût de notre terroir puisse trouver un fromage fait à partir de lait de canadienne! »