Alexandre Caron, Ras L’Bock

Le plaisir comme mission première

Alexandre Caron
Photo Seb

Précurseur de Ras L’Bock, Alexandre Caron a été le premier de sa gang à s’emballer pour la bière artisanale. Ses comparses ont toutefois rapidement emboîté le pas. S’il n’est plus le plus impliqué dans les opérations de brassage, Alex contribue toujours autant au développement des nouveaux produits et aux directions prises par l’équipe de brassage.

Alex a découvert la bière artisanale avec Unibroue, La Barberie, Le Naufrageur et Pit Caribou à une époque pas si lointaine où les produits se faisaient plus rares et voyageaient moins. C’est toutefois alors qu’il réside au Saguenay, qu’il a la piqûre pour cette industrie en découvrant notamment les offrandes éphémères de la Voie Maltée et la philosophie de brouepub qui mise sur le local. Une fois convaincus, les trois amis ne lésinent pas et se mettent sérieusement au brassage.

La première bière que vous avez brassée?

C’est la seule bière qu’on a vraiment ratée! C’était une Belgian Strong Ale à environ 9 % qui avait fermenté à moitié et qu’on avait tout de même continuée… C’était notre première tout grain. Plus tard, elle est devenue la Deux Brett en Or avec ajout de brettanomyces et un séjour en barriques de vin. La deuxième tout grain a beaucoup mieux fonctionné, c’est La Solution, la bière qu’on a le plus brassée depuis. On brassait une à deux fois par semaine à cette époque.

À la brasserie, la première fut la Marco, une Session IPA qu’on fait encore de temps en temps.

La bière dont vous êtes le plus fier? 

La Katyusha; je trouve ça su’a coche! C’est complexe et elle est vieillie en barrique ce qui en ajoute davantage. La recette est complexe également, mais ça fonctionne bien. Elle compte une dizaine de malts et chacun d’eux a sa place.

Je suis pas mal fier de notre Pilsner à l’eau de Pâques aussi, car ça nous représente bien je trouve. On recueille 2500 litres d’eau de source bénite le matin de Pâques et on la brasse le même jour avec des ingrédients québécois. L’eau douce est importante pour la recette. Pour le nom, on opte pour un personnage un peu douteux de la bible.

Votre style de bière préféré? [À brasser et à boire]

IPA et toutes ses déclinaisons. J’aime autant les boire que les brasser entre autres à cause du houblon avec ses mille et une facettes, ses propriétés et les façons de l’utiliser. C’est tellement versatile et polyvalent. C’est une plante et, des fois, je me demande si je ne suis pas rendu accro…

Votre ingrédient préféré?

Outre le houblon dont on vient de parler, il y a la levure. Avec les souches sauvages, il y a des possibilités presque infinies et la recherche se développe constamment à cet égard. Il y a différentes souches de plus en plus connues et on ajoute maintenant la possibilité de la fermentation spontanée.

On a recueilli des levures avec Le Labo – Solutions brassicoles qui les ont isolées. On compte faire plusieurs tests avec ça. On va également expérimenter avec les ingrédients locaux et herbes particulières; on le voit beaucoup en gastronomie, ça devrait s’accentuer dans les bières aussi, je crois.

Une brasserie québécoise que vous appréciez particulièrement?

Le Trou du Diable initialement, mais on ne vise pas de grossir à l’infini… Pit Caribou a toujours été un exemple pour nous puisqu’elle est issue d’une région plus éloignée. Sutton aussi, car ça prend du cran pour faire ce qu’ils font, c’est un statement! Il y en a plusieurs : les gars de St-Pancrace à Baie-Comeau sont originaux et créatifs, ceux d’HopEra sont audacieux, et Dunham avec leur vieillissement en barrique sont su’a coche!

Une bière québécoise que vous auriez aimé brasser?

La HYPA de Brasserie du Bas-Canada. Le hype n’est pas overrated, c’est vraiment très bon. Le houblon ressort d’une façon incroyable, c’est bien rendu avec beaucoup d’aromatiques en pleine face! Il y a aussi la Trifolium de Auval pour son côté sour et sauvage, c’est super bon!

Ce que vous aimez de la bière au Québec…

Le côté très créatif : on a plus de variétés de styles et on brasse de tout. On ose aller à contre-courant aussi et on fait les choses de notre façon. Il y a le côté levures sauvages et ingrédients boréaux qu’on exploite de plus en plus. La fraternité est encore là malgré la compétition plus féroce. Je trouve qu’il y a encore un énorme potentiel pour de nouvelles brasseries; il y a des petits bars partout qui marchent bien donc ceux-ci pourraient aussi bien être des brouepubs. Ça fait cliché, mais y’a le côté « perron d’église » aussi; le monde se rassemble dans les micros, c’est parfait pour les petits villages.

Ce que vous aimez moins de la bière au Québec…

Le côté resto et CSP (consommation sur place) qui doit se développer. Les majeurs prennent trop de place dans les stades, les événements et autres trucs du genre. Il y a aussi les lois qui freinent un peu le développement. La SAQ par exemple, ça nuit au marché actuellement sur certains aspects et c’est un monopole d’État. Les plus grosses brasseries sont également plus proches du pouvoir,  donc c’est dur de faire changer les choses.

Ce que nous réserve votre brasserie…

La sortie de nos canettes durant l’été et d’autres projets par la suite. Peut-être un peu d’exportation pour le fun, mais rien de majeur. On ne veut pas devenir trop gros non plus, on ne souhaite pas dépasser 10000 ou 15000 hL.

On profitera de l’arrivée de nos canettes pour faire quelques collaborations et expérimentations avec nos produits en bouteilles. Ils deviendront un peu le club-école de la brasserie. On va aussi s’associer avec des partenaires et projets locaux qui ont une signification particulière pour nous afin de les encourager et contribuer à notre milieu. On s’intéresse aussi à la distillation, mais ce n’est pas trop propice pour l’instant.