Le Trèfle Noir

Pour l’amour et la bière

Photo Jean-François Pilon

L’histoire du Trèfle débute officiellement avec l’ouverture, le 1er juillet 2009, du Trèfle Noir Brasserie Artisanale, première entreprise du genre en Abitibi-Témiscamingue. Et le succès fut au rendez-vous dès le début pour Mireille Bournival et Alexandre Groulx, les deux jeunes entrepreneurs derrière le projet alors que le salon de dégustation a servi deux fois plus de bière que prévu dès sa première année!

Elle vient de la région, lui pas. Ils se sont rencontrés à l’université, lors des initiations de leurs programmes. Deux mois plus tard, ils formaient un couple. «On a démarré le projet ensemble. Au départ, on se disait que Mireille ferait un an ou deux, questions que le projet décolle et que par la suite elle travaillerait dans son domaine, la joaillerie», explique Alex. Finalement, dix ans plus tard, ils sont encore tous deux les seuls actionnaires de la compagnie. «Et toujours ensemble», ajoute-t-il avec un clin d’œil.

Après avoir reçu son diplôme, Alexandre suit une formation en brassage. «Ne voulant pas travailler en multimédia, j’ai fait cette formation au début en pensant seulement à améliorer mes brassins maison», explique-t-il. Mais, rapidement, il se trouve un emploi à Montréal à la Brasserie McAuslan. Il y restera près de trois ans.

Il continue toutefois ses propres explorations brassicoles le week-end et monte un cahier de recettes assez intéressant. C’est là que le goût de se partir en affaire lui vient. Mireille étant encore aux études, ils ont dû décider d’attendre avant de se lancer. Mais le projet demeurait encore et toujours présent pour le jeune couple. «J’écrivais de nuit le plan d’affaires à la main pendant que je travaillais. Le matin, Mireille le tapait à l’ordinateur», se rappelle-t-il. 

Le retour aux sources

Une fois par mois, ils retournent en Abitibi pour présenter leur projet aux différents créanciers possibles, dont les Centres locaux de développement (CLD), les Sociétés d’aide au développement des collectivités et les Centres d’aide aux entreprises de la région. «Tous nous demandaient plus d’explications et de retravailler le concept», se souvient Alex. En effet, à l’époque, ouvrir un bar offrant ses propres bières brassées sur place en région n’était pas chose commune. Bien au contraire, surtout pour un jeune homme de seulement 24 ans. 

Finalement en octobre 2008, ils reçoivent les premiers prêts de la Caisse Populaire. Puis, les choses se sont rapidement mises en place. Si bien qu’en janvier, ils quittaient la grande ville pour revenir en région et travailler à l’élaboration de ce qui allait devenir le Trèfle Noir. 

Mais le choix de retourner en Abitibi n’était pas anodin. Le couple avait fait ses recherches, et cette région était l’une des deux seules hors des grands centres qui ne possédaient pas sa propre microbrasserie. Et puisque Mireille venait du coin, quel meilleur endroit pour fonder à la fois leur entreprise et leur famille? C’est donc à Rouyn-Noranda qu’ils choisirent d’installer leur microbrasserie.

Le premier juillet 2009, c’était chose faite. Et, il était temps… «On jouait le tout pour le tout. Nous n’avions plus un cent pour payer le loyer. Par chance, c’était férié», se remémore le brasseur. Le brouepub n’offrait alors que quatre bières pour étancher la soif de la clientèle curieuse et intéressée, c’est à dire la Chronique (une bière rousse), la Proposition (une Hefeweizen), la Trèfle Noir (leur Stout) et une IPA dont le nom échappe aujourd’hui à Alexandre.

On embouteille

Mais force est d’admettre qu’ils n’arriveraient jamais à ainsi combler l’insatiabilité des Témiscabitibiens. Les deux entrepreneurs téméraires ont donc décidé d’aller de l’avant avec la création d’une microbrasserie industrielle dès juin 2012. Ainsi, il leur était désormais possible de mettre en bouteille ou en canette une gamme toujours grandissante de bières artisanales. 

Mais ce fut tout un défi. Car bien qu’il soit un brasseur maintenant aguerri, Alex n’avait jamais lui-même embouteillé de bière. «Les machines n’étaient pas très performantes et, pour la plupart, mal adaptées à notre réalité. Finalement, avec le temps, de la patience et beaucoup de lecture, nous sommes vraiment fiers d’où nous sommes rendus aujourd’hui», s’enorgueillit Alexandre.

C’est ainsi qu’a été d’abord embouteillée la Trèfle Noir, la Chronique, la Foublonne (leur IPA) et la Hurlevent (une double Belge). Ces quatre produits existent encore et toujours. De plus, la Hurlevent est la dernière bière régulière encore embouteillée aujourd’hui, les autres étant plutôt offertes en canettes.

Et rapidement, la qualité de ces bières a su gagner de nombreux admirateurs partout en province. Ceux-ci consomment 75 % de ce que produit la brasserie.

«C’est un peu un running gag depuis le début, mais on brasse ce que nous aimons boire. On essaie de le faire du mieux possible et d’être créatif au travers de tout ça», raconte-t-il.

Alexandre Groulx

Aujourd’hui, entre les deux entreprises, ce sont 22 employés qui trouvent salaire grâce à la persévérance d’Alexandre Groulx et de Mireille Bournival.