Le marché du cidre en Amérique

Croissance et potentiel

Bouteilles de cidre sur une table avec des pommes

Le marché global du cidre va bien, représentant en vente en 2016, près de 10,7 milliards de dollars américains. Et, selon Allied Market Research, les ventes devraient atteindre les 17,3 milliards en 2023, soit un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 6,1 %. Le même rapport prévoit que l’Amérique verra la plus importante augmentation avec un TCAC de 10,6 % entre 2017 à 2023, le Canada affichant la plus forte hausse de tous avec 20,5 %. Par contre, le Québec demeure à la traîne avec une croissance avoisinant plutôt les 5,6 % annuellement.

Un marché en transformation

Aux États-Unis, le marché est dix fois plus grand aujourd’hui qu’il y a à peine dix ans. Et, bien que les deux dernières années aient été moins bonnes pour les grandes marques nationales, celles locales et régionales ont pris la relève. En effet, selon Nielsen, en 2018, ces dernières ont plutôt affiché une augmentation de 23 %, contre seulement 4 % pour les nationales, aidées principalement par l’arrivée de cidres rosés.

L’industrie est donc en pleine transformation, de plus en plus de petits producteurs apparaissent, offrant des cidres uniques qui sortent du lot et qui répondent aux besoins de leur clientèle locale.

«Des variétés de pommes à cidre d’Angleterre et de France ont été plantées et nous commençons à voir plus de pommes disponibles à la vente. Les arbres sont encore jeunes, mais il y a plus de tanins sur le marché. Eh oui, de très petits producteurs locaux continuent à ouvrir leurs portes chaque année», se réjouit Emily Ritchie, directrice générale du Northwest Cider Association.

Dans sa région du Nord-Ouest Pacifique, les données du troisième trimestre sont encore meilleures pour les producteurs artisanaux locaux, ceux-ci affichant une croissance de 30 %.

Au Canada, le marché du cidre a explosé à l’arrivée des géants tels Carlsberg, Heineken et Anheuser-Busch InBev (AB InBev). Et, ici aussi, de plus en plus de microproducteurs émergent. Si bien que les trois plus grandes sociétés ne représentent plus que 63,9 % des ventes, contre 79,1 % il y a dix ans, laissant donc 36,1 % du marché aux autres. 

Notons qu’aucune grande marque n’est présente au Québec; la réglementation provinciale dictant qu’un cidre doit contenir au moins 80 %, en volume de produit fini, de jus extrait de pommes récoltées ici. Ainsi, Somersby est plutôt chez nous une boisson alcoolisée à base de malt, mais à saveur de pomme.

Le cidre artisanal suit la bière

À la LCBO (Régie des alcools de l’Ontario), on voit actuellement pour le cidre des chiffres ressemblant à ceux des microbrasseries au moment de leur éclosion. En 2012, année de fondation de l’Ontario Craft Cider Association (OCCA), il n’y avait que quatre cidres sur les tablettes de la LCBO, représentant des ventes d’un million de dollars. 

Cinq ans plus tard, le marché dépassait les 11 millions, représentant une hausse au-delà des 50 %, année après année. Ce sont désormais au total 28 cidres artisanaux qui se retrouvent sur les tablettes de la société d’État et l’OCCA regroupe dorénavant cinquante producteurs commerciaux, au lieu des dix initiaux.

L’influence de la génération montante

Le cidre, ici comme ailleurs en Amérique, est souvent présenté comme une alternative à la bière. Ce que de plus en plus de jeunes millénariaux apprécient grandement. En effet, ils sont nombreux à affectionner le fait que cette boisson est naturellement sans gluten, plus rafraîchissante pendant nos étés chauds et perçue comme plus douce. D’ailleurs, 73 % des buveurs de cidre ont moins de 40 ans.

Cette génération est aussi particulièrement sensible à la provenance de ce qu’elle consomme. Et quoi de plus authentiquement québécois qu’un cidre fait par des artisans locaux à partir de pommes de chez nous? Les millénariaux sont de plus charmés par la liste simple des ingrédients utilisés ainsi que son faible taux de sucre.

Le marché québécois semble particulièrement réservé aux initiés : selon un sondage Leger commandé par Les Producteurs de cidre du Québec, seulement 30 % des Québécois de 18 à 34 ans qui boivent de l’alcool répondent d’emblée que le cidre est une catégorie de produits chez nous, contre 77 % et 67 % respectivement pour la bière et le vin.

Le potentiel de croissance est donc énorme : on ne consomme ici que 0,4 litre par habitant par années, contre 2,4 litres au Canada ou plus de 12 litres dans certains pays européens. 

«L’association a revu son positionnement et son image, nous allons mettre notre plan de communication grand public en exécution très prochainement. (…) Ce travail doit être fait de concert avec les entreprises, chacune des cidreries à travers le Québec doit aussi promouvoir et mettre en valeur le cidre du Québec. Les petits comme les gros », indique Marc-Antoine Lasnier, président de l’Association des producteurs de cidres du Québec.

C’est peut-être là que les géants peuvent jouer un rôle : de par leurs moyens, ressources et portées accrus, ceux-ci pourraient aider à diffuser la bonne nouvelle. Surveillons donc ce que fera Labatt/AB InBev qui a acheté la Cidrerie Lacroix l’an passé.