Milkshake IPA

Lait frappé et fruits tropicaux

Barman versant de la bière au bar.
Photo Dreamstime

Fruitées, tropicales, juteuses, crémeuses, onctueuses : les qualificatifs pour décrire les meilleures Milkshake IPA mettent l’eau à la bouche! Cette idée d’ajouter du lactose, des fruits et diverses essences à une bière fortement houblonnée peut, a priori, sembler farfelue, mais bien dosée, le résultat peut s’avérer fort plaisant. Et les similitudes avec un shake, tout aussi frappantes!

La Milkshake IPA est loin d’être un style reconnu et, s’il y a quelques mois à peine plusieurs doutaient de sa crédibilité, force est d’admettre que la tendance semble loin de s’essouffler. Essentiellement, elle découle des NEIPA, ces IPA de la Nouvelle-Angleterre, auxquelles on aurait atténué l’amertume et ajouté des fruits, des sucres non fermentescibles et autres compléments, notamment des essences (la vanille surtout) et épices. Sa texture plus ronde, voire crémeuse, séduit tout en gardant la bière pintable à souhait.

Outre les houblons fruités aux puissants arômes tropicaux, l’ingrédient clé est certes le lactose, un sucre non fermentescible, qui confère à la bière son corps particulièrement onctueux. On l’utilisait depuis un certain temps déjà dans le Milk Stout ou Sweet Stout, mais son agencement à l’IPA version Nouvelle-Angleterre a créé tout un émoi. 

On ajoute aussi parfois diverses céréales, notamment blé, avoine, flocons d’orge ou même de la farine dans le but d’accentuer sa robe opaque et sa texture. De même, les purées de fruits et les pectines peuvent aussi contribuer à la texture distinctive tant recherchée. Pour certaines déclinaisons de NEIPA contenant des fruits, mais pas forcément de lactose, on parle parfois aussi de Smoothie IPA. Rien n’est toutefois défini et ce sont plutôt les brasseries qui optent pour diverses formulations afin de se démarquer. Le tout illustre néanmoins l’engouement grandissant.

En résumé, la Milkshake IPA mise sur des arômes de houblons très fruités, particulièrement des effluves évoquant les fruits tropicaux. Elle est voilée, voire bien opaque, et son look s’apparente souvent à celui d’un jus. On les dit d’ailleurs juteuses. En bouche, la texture est plus épaisse et plus onctueuse notamment grâce à l’utilisation du lactose et d’autres ingrédients contribuant à favoriser cette impression. Sa finale peut varier : certains aiment bien y retrouver de l’amertume et un peu de houblons résineux, alors que d’autres préfèrent clore le tout avec très peu d’amertume et des notes fruitées uniquement. On en retrouve en version session, IPA ou Double IPA.

Les précurseurs de l’IPA frappée

C’est probablement à la suédoise Omnipollo qu’on doit les balbutiements de ce sous-style bien en vogue. Vers 2015, sa série Magic Numbers proposait quelques Smoothie IPA, notamment aux saveurs fraises-rhubarbes-vanille, framboises et myrtilles.

Quelques mois plus tard, la brasserie lançait, en collaboration avec l’américaine Tired Hands, une IPA contenant avoine, blé et lactose, fermentée sur des fraises et des gousses de vanille, puis houblonnée à souhait avec du Mosaic et du Citra. Elle fut baptisée Milkshake et en prit plusieurs par surprise. Les réactions furent initialement mitigées, mais dès l’année suivante, Tired Hands proposa plus d’une vingtaine de Milkshake IPA différentes! La tendance était bien lancée.

Notre dégustation à l’aveugle

La Pinte de Brasseurs du Monde se présente bien, proposant une belle robe trouble, un nez tropical aux pointes d’agrumes et un corps ample où une touche sucrée et vanillée nous porte jusqu’à sa fine amertume en finale. C’est sur la cible.

La New Wave est aussi bien plaisante, une apparence de jus, des effluves de fruits tropicaux, un corps un peu soyeux et d’agréables notes résineuses de houblon qui se joignent aux parfums tropicaux en finale. Moins extravagante que d’autres Milkshake, mais toute une IPA.

À l’opposé, la Creamsicle de Labrosse ne fait pas dans la demi-mesure. Les parfums de vanille sont intenses, quelques épices et de la pêche apparaissant en bouche. Elle est bien ample, riche et même un peu sucrée.

La version du BockAle mise sur un équilibre très réussi : un nez fruité et vanillé bien balancé, une texture ample où l’apport du lactose est impeccable, des touches houblonnées tropicales et résineuses, ainsi qu’une pintabilité démesurée.

Toutefois, à l’unanimité, l’explosive et balancée Los Tabarnacos a raflé la palme avec sa mousse blanche crémeuse et éternelle, ses intenses effluves de cocktail tropical (ananas, mangue, fruits de la passion), sa texture de jus de fruits soyeuse à souhait, sa finale un tantinet résineuse et son excellente buvabilité. L’engouement à son égard est justifié.