L’Association des microbrasseries du Québec (AMBQ) fêtera ses 30 ans en 2020. Créée en 1990, les premières brasseries membres furent Les Brasseurs du Nord, Brasserie McAuslan, Brasserie GMT, Brasserie Massawippi, Brasserie Portneuvoise et Brasserie Brasal. Aujourd’hui, avec plus de 244 permis en activité et un taux de représentativité de 65 %, quels sont les dossiers chauds de l’AMBQ?

Les parts de marché

Il fut étonnant de constater, pendant le congrès de l’AMBQ présenté mi-novembre, que la directrice générale de l’association ne soit pas en mesure de fournir des chiffres viables et pertinents sur la part de marché des microbrasseries au Québec. Les derniers chiffres officiels datent de 2016. La raison est fort simple : depuis l’abattement des différents paliers de taxes spécifiques entre microbrasseries et macrobrasseries, le gouvernement du Québec n’est plus en mesure de faire la distinction puisque, pour eux, la colonne des chiffres est la même. C’est quand même incroyable qu’on n’ait personne au gouvernement qui soit capable de compiler les volumes de brassage de 244 brasseries, d’ajouter les importations, d’extraire les exportations et de créer deux colonnes! Ces chiffres seraient pourtant utiles pour mieux comprendre l’évolution du marché. 

La consigne et le recyclage 

En août 2016, notre journaliste Anne-Marie Luca écrivait l’article « La fin des manchons rétractables des canettes? ». L’utilisation d’une sleeve rétractable sur des canettes neutres permet à bon nombre de brasseries de limiter les stocks minimaux d’achats et d’entreposage. En effet, les volumes de brassage ne permettent pas de faire affaire avec des compagnies offrant des canettes imprimées qui demandent des commandes minimales. Recyc-Québec avait envoyé des avis pour non-respect de l’entente sur la consignation, la récupération et le recyclage des contenants à remplissage unique de bière (CRU) à plusieurs brasseries. Depuis, c’est le statu quo

L’industrie attend la décision finale de Recyc-Québec qui tarde à arriver et qui pourrait changer le cours des choses. Recycan, propriété de Labatt et Molson chargée de ramasser les canettes en aluminium consignée, récupère également les canettes de toutes les microbrasseries dans différents lots. Elle désire un mandat plus clair, car les canettes avec sleeves risquent de contaminer les lots de canettes imprimées. Les fournisseurs de solutions alternatives, comme les canettes imprimées à la demande, attendent également la position de Recyc-Québec. Leur solution étant plus chère que la sleeve, ils sont moins concurrentiels tant qu’un moratoire est en application. La canette est donc source de maux de tête pour plusieurs.

En parlant de canette, j’ai été très surpris des résultats du sondage de Nielsen présentés dans le cadre du congrès de l’AMBQ. L’exercice avait pour but de présenter différents contenants de microbrasseries auprès d’un public sélectionné parmi la base de données de consommateurs de l’agence marketing. À la question « Quel est le format que vous préférez? », la canette a été choisie en première position uniquement pour l’activité « plein air ». La bouteille resterait-elle donc le premier choix des consommateurs dans de nombreuses circonstances? Est-ce que le format est si peu important? Ce sondage nous dévoile qu’au bout du compte, celui qui contrôle réellement le contenant au Québec n’est pas le consommateur ou le brasseur, mais bel et bien le détaillant. Une approche à considérer, car la bouteille est encore le meilleur contenant d’un point de vue écologique. 

La tablette et les marques de commerce

Ce dernier congrès de l’AMBQ a également permis de soulever la question des marques de commerce qui brassent sous contrat. Celles-ci n’ont pas besoin de système de brassage – et donc d’emprunter – pour assurer le succès commercial d’une marque. La question crée un malaise dans l’industrie, surtout depuis que l’espace tablette semble de plus en plus convoité par bon nombres de microbrasseries. Si on se fie aux tendances à travers le monde, la situation ne risque pas trop de changer. Par contre, si on regarde les statistiques de marché aux États-Unis ou en Europe, on remarque que les marques de commerces brassées sous contrat représentent environ 5 à 7 % de l’offre produit. 

Là où le bât blesse, c’est définitivement sur les tablettes des détaillants. Voulant assurer une offre de produits fidèle aux tendances, de très nombreux détaillants proposent un espace dédié aux produits de microbrasseries. Une visibilité intéressante, souvent offerte sans attente contractuelle. Oui, mais voilà, cet espace étant dédié à la microbrasserie, toutes les bières de microbrasseries se battent pour l’espace donné. Une guerre d’espace qui ne fait que commencer…