Plusieurs arbres indigènes de nos forêts produisent d’excellentes noix comestibles. Une petite industrie exploitant le filon est tout doucement en train de se mettre en place au Québec.

La production de noix dites « nordiques » est en pleine effervescence. Selon Giulo Neri, président et membre fondateur du Club des producteurs de noix comestibles du Québec, 2020 sera une année charnière. « Depuis que cette industrie s’est mise en place au début des années 2000, la quantité de noix produites augmente constamment. Cette année a été une très bonne année pour les noix. On a commencé à discuter de la fondation d’une coopérative, pour les conditionner et les mettre en marché », affirme-t-il.

Visiter les producteurs

Selon Giulo Neri, une dizaine de producteurs aurait déjà des vergers de plus de 10 hectares d’arbres à noix. « Chaque année, de nouveaux membres se joignent au club. Une douzaine d’arbres à noix comestibles différents sont cultivés. Il y a même un producteur qui a des ginkgo biloba! »

Le ginkgo biloba n’est pas originaire d’ici, mais le noyer noir, le caryer ovale, le hêtre et le châtaignier d’Amérique sont indigènes à l’est de l’Amérique du Nord. On peut les croiser dans la forêt ou les avoir dans notre cour, sans même savoir que leurs faînes ou noix sont excellents.

Il y a beaucoup d’éducation à faire pour faire con­naître les noix d’ici au public, pense Alain Perreault, du Jardin des Noix, dont le verger d’environ 1000 ar­bres à noix est situé à Saint-Ambroise-de-Kildare. « Les gens sont très curieux. Ils viennent sur place. La majorité de nos clients provient de l’agrotouris­me. » Dans la toute nouvelle boutique-bistro du Jardin des Noix, il accueille les curieux et leur fait découvrir les différentes noix et quelques produits transformés en collaboration avec des artisans du coin, chocolatier ou charcutier. « Pour l’instant no­tre production s’écoule ici, ainsi qu’auprès de quel­ques restaurateurs. »

Des noix au menu

La mode de la cuisine nordique et l’engouement pour les produits du terroir aidant, les noix de chez nous font leur entrée sur les cartes des restaurants.

Nancy Hinton, ne s’en passerait pas. La chef et copropriétaire des Jardins Sau­vages concocte des menus qui mettent en valeur les plantes et les champignons sauvages, à sa table champêtre de Saint-Roch-de-l’Achigan.

« Les noix de Québec offrent une fraicheur incroyable et un goût de noix très franc, en douceur, en plus de nouveaux arômes parfois surprenants. J’en sers quatre variétés à ma table; la noix du noyer noir d’Amérique, aux notes fruitées de pomme et fromage bleu, celle du noyer en cœur, qui ressemble à la noix de Grenoble, la noix du noyer cendré, au goût de pacane, et les noisettes, qui s’apparentent aux avelines, mais en plus sucrées », décrit-elle.

Nancy Hinton préfère servir les noix au naturel, pour mieux les mettre en valeur. « C’est tout un travail de les craquer, même avec un casse-noix spéciale ou un étau, ce qui en fait un ingrédient de luxe dans une recette! Pour cette raison, j’aime surtout les servir au naturel, pour mieux les faire découvrir aux clients, avec l’assiette de fromages, par exemple. »

Les noix nordiques que Nancy Hinton sert à sa table proviennent des cueillettes de son conjoint François Brouillard, et de la Ferme écologique Joseph Thifault de l’Épiphanie. Elles sont également en vente au kiosque des Jardins Sauvages, situé au marché Jean-Talon.

Bientôt, un site internet avec une carte interactive pointant les producteurs de noix sera mis en ligne par le Club des producteurs de noix comestibles du Québec. Il sera ainsi plus facile pour les consommateurs de s’en procurer.